Préparer l’avenir

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 Où en sommes-nous et quels sont les enjeux ?
  • Le 27 avril 2016, audition des porteurs du projet Idex USPC par le jury international. Le 29 avril 2016, conformément aux propositions de ce jury, le Premier ministre décide d’arrêter l’Idex USPC.
  • Le 4 mai 2016, Jean-Yves Mérindol, président d’USPC, diffuse une lettre dans laquelle il indique que, face à cet échec, USPC doit faire un choix majeur, la fusion des quatre universités étant selon lui impérative.
  • Fin mai 2016, les présidents de  Paris 3Paris 5Paris 7  et  Paris 13   communiquent au sein de leur université sur la nécessité de faire un travail d’analyse approfondie sur les perspectives d’avenir, sur la nécessité d’étudier sérieusement trois scénarios (dont la fusion des quatre universités).
  • Le 30 juin 2016, dans un communiqué signé par les quatre présidents d’université et les cinq directeurs d’établissement composant la Comue, est annoncée la mise en place prochaine d’un processus destiné à conduire Paris 3, Paris 5, Paris 7 et Paris 13 vers la fusion. On peut noter que cela ne figurait pas dans le programme sur la base duquel la présidente de Paris 7 et le président de Paris 3 ont été élus, qu’ils n’ont pas été mandatés pour cela par le CA de leur université, que les conseils et les communautés académiques ont découvert ce projet de fusion par les médias ou par courriel, sans en avoir été préalablement informés.
  • Par une lettre datée du 2 septembre, Jean-Yves Mérindol présente sa démission devenue effective au 14 septembre 2016, confirmant son soutien aux présidents des quatre universités qui « ont décidé de travailler à la création, au 1er janvier 2019, d’une nouvelle université à la place de leurs institutions », par « un chemin plus radical et plus rapide que celui défendu depuis 2013 dans le cadre de l’Idex. »
  • Les présidents ont décidé de mettre en place à partir de septembre 2016 des groupes de travail destinés à définir les modalités du processus de fusion, qui n’est plus présentée comme une option mais comme la seule possibilité. Ils ont décidé d’avancer à vive allure, sans aucun débat sur la façon de procéder, les groupes travail étant censés contribuer à l’élaboration d’une « feuille de route » devant être présentée au CA des universités en décembre 2016, en  vue d’une fusion en janvier 2019.
  • Dans une lettre diffusée le 20 septembre 2016, Frédéric Dardel, président de Paris 5, précise que cette feuille de route devra « comporter un certain nombre d’orientations claires, de principes et d’engagements sur les modalités à suivre pour construire ce projet d’université fusionnée ». Il déclare être « favorable à la fusion des trois universités P3, P5 et P7, avec une association forte avec P13 ». On est passé d’un projet de fusion à 4, à un projet de fusion à 3. Pourquoi pas un projet de fusion à 2 (P5+P7) ? Et pourquoi pas concevoir – enfin – un tout autre modèle, plus novateur, plus pertinent, plus en phase avec les finalités effectives des universités ?
  • Le 12 octobre 2016, communiqué des présidents des quatre universités qui proposent de « présenter devant leurs CA respectifs du 16 décembre 2016 une feuille de route en vue de la création d’un nouvel établissement omni-disciplinaire et multisites dans le cadre du Grand Paris, composé des universités Sorbonne Nouvelle, Paris Diderot et Paris Descartes, auquel l’université Paris 13 sera pleinement associée. » La visée est « la création d’une université de service public unique, dotée de la personnalité morale,  intégrant  Paris 3,  Paris 5  et  Paris 7, à l’horizon du 1er janvier 2019 » : fusionner trois universités dans un seul établissement, doté d’un CA, d’un CAC, d’un budget, d’une commission des postes, d’une politique RH, d’une politique de formation, d’une politique de la recherche, tout ce pouvoir de décision étant placé au sommet d’une immense pyramide.
  • En novembre et décembre 2016, les motions en défaveur de la fusion se sont multipliées et les consultations dans les UFR ont montré une large désapprobation : entre 75 % et 95 % d’avis défavorables à la feuille de route pouvant conduire à la fusion des 3 universités (+1).
  • Début décembre 2016, les comités techniques des quatre universités se sont prononcés contre la feuille de route : sur dix membres, aucun n’a voté pour à la Sorbonne Nouvelle, et l’on a décompté deux votes pour dans chacune des trois autres universités. Concernant le vote des Conseils académiques, celui de Paris Descartes n’a pas été sollicité, celui de Paris 13 s’est prononcé avec 40 votes contre, 6 pour et 5 ne prenant pas part au vote. A la Sorbonne Nouvelle, 39 votes contre, 13 pour et 1 abstention ; à Paris Diderot, 28 votes pour, 11 votes contre et 7 abstentions.
  • Le 16 décembre, le CA de Paris Descartes s’est prononcé, sans surprise, en faveur de la feuille de route : 23 voix pour, 10 contre et 1 abstention. Au CA de Paris 3, le vote a été très serré : 19 votes pour, 16 contre et 1 abstention, les 8 personnalités extérieures ayant voté en faveur du projet de fusion. Au CA de Paris 13 la feuille de route ne l’a emporté que grâce à la voix prépondérante du président (15 voix pour, 15 voix contre). Quant au vote du CA de Paris Diderot, suite à de suspectes conditions d’organisation, il a été reporté au 3 janvier 2017. Le vote a eu lieu au rectorat : 21 pour et 14 contre.
  • Dans un contexte marqué un niveau élevé de désapprobation quant à la méthode et quant à la visée, se confirme le risque de fracturation du corps social. Vouloir engager 3+1 universités dans une telle restructuration, sans un véritable Projet qui serait mobilisateur, sans associer les parties prenantes et en ignorant leurs points de vue, défie l’entendement. La démarche techno-bureaucratique dans toute sa splendeur : top-down, massification, pyramidalisation, culture de l’entre-soi, avec des réflexes d’un autre âge. Est-ce ainsi que l’on prétend  bâtir l’enseignement supérieur et la recherche du XXIe siècle ?

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.Mammouth P3-P5-P7-P13

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Une autre politique est possible

Après l’échec de l’Idex USPC, sa gouvernance a d’abord été tentée par la critique du jury international, puis par la critique du gouvernement, puis lorsqu’a été confirmé qu’il n’y aurait pas de session de rattrapage tout a été recouvert par un seul mot d’ordre : la fusion. Une façon, faute de réflexivité et de capacité à envisager des alternatives, de persévérer en radicalisant la démarche.

Puisque la voie choisie, les méthodes adoptées et le style de management ont conduit à l’échec, l’on s’entête et l’on s’acharne : la même gouvernance, la même politique, mais en y allant plus vite, plus fort, plus loin, sans même vraiment escompter un retour dans l’Idex ni espérer l’adhésion du corps social. À la fois une fuite en avant et un passage en force.

Face à cette situation, nombreux sont les membres de la communauté académique des quatre universités concernées, profondément attachés aux valeurs universitaires et engagés au quotidien pour le progrès effectif de la recherche et de la formation, qui réfutent ces apories et un tel diktat, rejoints par des membres des cinq établissements ayant bien compris qu’ils sont eux aussi directement concernés.

Ils refusent de telles méthodes et de telles visées. Il leur semble indispensable, pour une décision ayant de tels enjeux, que soit mené un travail d’analyse approfondi et ouvert. Ils proposent des démarches authentiquement porteuses de progrès, centrées sur les missions de l’Université plutôt que de s’en remettre aux obsessions bureaucratiques et mimétiques de quelques-uns. Ils souhaitent contribuer à concevoir une autre politique.


the-world-is-just.

Fusion : les arguments

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On nous dit : Quelques analyses :
« La fusion est la seule option possible » Alors qu’il s’agit de penser l’avenir des universités sur longue période, il est absurde et dangereux d’écarter a priori l’examen des options alternatives : toutes les possibilités doivent être explorées et étudiées de façon approfondie.
« La fusion est impérative » Ni la loi, ni le gouvernement, ni le CGI ne demandent de faire fusionner Paris 3, Paris 5 et Paris 7, et une fusion ne garantirait nullement de réintégrer l’Idex.
 

« Notre tutelle veut la fusion »

 

Le 4 mai, Thierry Mandon tient à préciser que la fusion n’est pas le seul modèle possible, « les Comue ayant aussi des effets transformants ». Auditionnée le 7 juillet à l’Assemblée nationale, Geneviève Fioraso déclare : « L’état d’esprit autour de l’Idex qui conduit à la fusion à marche forcée est en contradiction avec la loi, qui voulait laisser la liberté aux sites de s’organiser en fonction de leur histoire et de leurs spécificités. »
« Il faut aller très vite vers la fusion » Précipitation n’est pas raison. Pourquoi tant de frénésie ? Pour que l’on ne puisse pas réfléchir ? Pour imposer par un coup de force une irréversibilité ?
« La fusion, c’est simple, cela va de soi » Les nécessaires réflexions, ouvertes et approfondies, engageant l’avenir des universités de la Comue, ne sauraient se faire dans la précipitation et sans concertation avec la communauté académique dans son ensemble.
« La fusion est une évidence, elle est inévitable » Il n’y a aucune évidence : il importe au contraire de prendre le temps nécessaire pour analyser la situation et les différentes options afin de construire un projet cohérent, pertinent et réellement ambitieux.
« Il faut fusionner sinon nous allons tout perdre » Les discours alarmistes masquent mal le manque d’arguments. Préparer sérieusement et honnêtement l’avenir requiert de résister à la stratégie de la peur, aux injonctions qui écrasent les possibilités de réfléchir, d’analyser et de débattre.
« USPC a perdu l’Idex parce que les universités n’ont pas décidé de fusionner » L’arrêt de l’Idex USPC ne s’explique pas seulement par des enjeux de restructuration, par le fait qu’USPC n’a pas promis la fusion : à part en recherche où un A a été obtenu, pour tous les autres domaines, c’est B ou C. Quant à la question des structures, elle ne peut se réduire à l’énoncé selon lequel il suffirait de faire fusionner les universités pour satisfaire aux exigences réelles ou supposées d’un jury international. Une analyse multicausale, complète et sincère est indispensable.
« Il faut fusionner pour récupérer l’Idex et les financements correspondants » Une fusion, même immédiate, ne permettrait pas de revenir sur la décision du 29 avril 2016 d’arrêt de l’Idex USPC, et s’engager dans la voie de la fusion ne garantirait nullement de réintégrer l’Idex.
« Il faut fusionner, sinon nous n’aurons plus d’argent » Les 16 millions d’euros par an de manque à gagner en raison de l’arrêt de l’Idex sont à mettre en correspondance avec le coût d’une fusion : selon la Cour des comptes, 30 millions d’euros par an pour l’université de Strasbourg.
« Il faut fusionner, au moins pour récupérer le label Idex » La focalisation sur le label « Idex » est illusoire : il n’a aucune portée à l’international et il est accessoire en France : l’appréciation d’une université se fonde sur la qualité effective de sa recherche, de ses formations, de ses projets.
« Il faut choisir : fusionner ou devenir une université de deuxième zone » L’alternative fusion vs relégation est un argument répété ad nauseam alors qu’il ne repose sur aucune démonstration. Fondre trois universités pour en faire une seule de 85 000 étudiants ne garantit nullement de meilleures performances. Au contraire, la fusion présente de grands risques de régression : toutes les ressources, le temps et l’énergie qui seraient consommés pour réaliser cette méga-fusion le seraient au détriment des investissements permettant de faire progresser effectivement la recherche, la formation et les coopérations internationales.
« Il impératif de fusionner pour relever les défis de la concurrence » Le mythe de la fusion présentée comme l’alpha et l’oméga de l’efficacité et de la performance mérite, pour le moins, d’être interrogé. De nombreux exemples démontrent le caractère contre-productif de la fusion, tandis que des universités à taille humaine organisées en réseaux et concentrant leurs investissements sur les finalités de l’ESR donnent de bien meilleurs résultats.
« La fusion conduit à une efficacité plus grande car l’on n’a plus besoin de l’accord des universités et de leurs conseils pour mobiliser leurs ressources » Cet argument dévoile sans doute le cœur du projet des instigateurs de la fusion : faire disparaître les universités et s’emparer de leurs ressources afin de permettre à quelques cadres dirigeants nommés d’en faire un usage discrétionnaire (les locaux, les budgets, les postes).
« La vie démocratique, c’est bien joli, mais c’est lourd et inefficace » La fusion se traduirait par la disparition de la personnalité morale et juridique de chacune des universités, leurs conseils centraux disparaissant évidemment aussi, ce qui ne serait pas sans effet sur la vie démocratique. Bien des études montrent que la disparition des corps intermédiaires et des instances de régulation à proximité des acteurs de terrain a des effets délétères sur la vie sociale et le fonctionnement des organisations.
« La fusion permettra de résoudre des problèmes de gestion que les universités actuelles ne parviennent pas à démêler » Si l’on ne parvient pas à faire fonctionner les services comme on le souhaiterait, penser que s’ils étaient fusionnés, avec un seul chef à leur tête, ils seraient plus efficaces relève de l’illusion : les coûts de restructuration, la complexité accrue et la perte de proximité produiraient au contraire dans la plupart des cas une dégradation.
« La fusion, c’est l’avenir » Les années 1950 ont été marquées par la prédilection pour les grandes usines et les grands ensembles, mais alors que l’enjeu est de préparer l’université de demain pourquoi ce repli sur un mode d’organisation et un style de gouvernance d’un autre âge ?
« Il faut construire une grande structure, qui sera puissante » Une grosse université n’est pas nécessairement une université performante, puissante et attractive. Pour une véritable ambition, il importe de savoir mettre au cœur de l’analyse et des investissements les projets de recherche et d’enseignement qui doivent être pensés avant les structures.
« L’université omnidisciplinaire de très grande taille est le meilleur modèle possible » La taille de l’université n’est pas un critère de qualité, ni un projet de politique scientifique et de formation. Les universités de taille raisonnable sont généralement plus efficaces. Les universités ayant une forte identité et ayant su construire une différenciation affirmée bénéficient d’une meilleure visibilité et d’une meilleure attractivité.
« Les étudiant-e-s vont délaisser les universités non-fusionnées » Les étudiant-e-s ne cessent de confirmer leur attachement à des universités à taille humaine, avec une identité affirmée, des domaines de spécialité reconnus, une grande reconnaissance internationale, bénéficiant en outre de la forte attractivité de la région Ile-de-France.
« Les meilleurs enseignants-chercheurs vont fuir les universités non-fusionnées » Les enseignants-chercheurs sont généralement intelligents et informés, et ils savent la qualité du travail qui peut être réalisé dans le cadre de chacune des universités de la Comue ; un affichage volumétrique et un nom qui reste quasiment inconnu ne servent nullement l’attractivité.
« Aller vers la fusion, c’est être déterminé, alors que réfléchir c’est manquer de courage » C’est la lucidité et l’examen des différentes options qui seraient le signe d’un véritable sens des responsabilités : une façon de faire bien préférable à une solution définie a priori, présentée comme  ambitieuse alors qu’elle est très fragile car fondée sur de nombreuses hypothèses non validées.
« La communauté universitaire manifeste des inquiétudes infondées » Certaines décisions peuvent s’avérer être des erreurs, mais on peut ensuite les corriger. La fusion est la décision la plus lourde qui puisse être prise par une université : elle se traduirait par sa disparition, ce qui est définitif et irréversible.
« En décembre 2016, le CA de chaque université ne va pas décider de la fusion, mais de s’engager dans un processus devant déboucher sur la fusion » Jouer sur les mots et présenter des énoncés filandreux n’est pas de nature à rassurer, tant cela semble chercher à masquer plus encore les véritables intentions des protagonistes.
« Les coopérations souhaitées et les regroupements attendus au sein d’USPC n’ayant pas été obtenus, la fusion permettra de les imposer » Imposer des regroupements et des fusions de composantes produit des contre-effets. Face à un style de gouvernance top-down, on observe que l’inquiétude et la rétractation prévalent. Des coopérations partant du terrain, réfléchies et choisies, élaborées dans le respect des traditions universitaires de collégialité, seraient beaucoup plus pertinentes et mieux fondées : elles sont plus simples, mieux motivées, plus efficaces et davantage porteuses de progrès.
« Les présidents ont décidé qu’il faut fusionner » Priver les membres de la communauté académique d’une véritable réflexion partagée sur la définition du devenir de leur université est non seulement contraire aux valeurs universitaires, mais encore très nuisible au processus de changement lui-même.
« Les présidents ont la prérogative d’engager leur université dans une fusion » La présidente de P7 et le président de P3 ont été élus sur un programme excluant explicitement la fusion, et ils n’ont en outre pas reçu mandat de leur Conseil d’administration pour s’engager dans cette voie. La loi ESR et le code de l’éducation stipulent que c’est le Conseil d’administration qui détermine la politique de l’établissement.
« Après l’arrêt de l’Idex USPC, il faut rebondir » Après l’arrêt de l’Idex USPC, il convient de rebondir, mais pas en persévérant sur une voie et avec des méthodes ayant conduit à l’échec : il est nécessaire de travailler sur d’autres façons de faire et d’autres modes de gouvernance.
« L’Idex USPC a été mal évaluée par le jury international, mais il faut persévérer sur le même chemin » Aucun bilan sérieux de l’Idex USPC n’a été engagé, alors qu’un tel travail permettrait d’en tirer quelques enseignements, un minimum de réflexivité critique pouvant être salutaire.
« Quand de nouvelles structures auront été mises en place, tout ira mieux » Plutôt que de tout penser par le prisme des restructurations, il serait plus judicieux de concentrer l’énergie, les ressources, les efforts, et le temps disponible à la résolution des problèmes de fond de nos universités, comme les conditions d’accueil et les débouchés des étudiants, aussi les conditions de travail des personnels administratifs, enseignants et chercheurs.
« USPC va devenir une université ayant une forte visibilité à l’international » La valorisation des activités universitaires relève grandement de l’immatériel et des effets d’image. La marque USPC naissante reste de fait quasi inexistante sur une échelle internationale. Il faut de nombreuses années pour parvenir à faire exister une marque. C’est très cher et le résultat est très incertain, surtout pour un sigle qui est par nature d’une grande banalité.
« Compte tenu de la situation, le mieux est de fusionner notre université » Quand quelques responsables en arrivent à considérer que le meilleur devenir pour leur université est sa disparition, sans même consentir à l’examen d’autres options, c’est la communauté académique dans son ensemble qui risque de payer le prix fort d’un tel renoncement.

 

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.Le penseur

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