Contributions au débat

Sont présentées dans cette rubrique des observations, des analyses, des réactions et des contributions au débat sur les restructurations et les fusions, en particulier le projet de fusion de Paris 3, Paris 5, Paris 7 et Paris 13.

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Traiter les vrais problèmes

Tout centrer sur la visée de restructurer en voulant imposer la fusion des universités relève d’une sorte de dogme qui inspire une petite cohorte pour laquelle il est devenu l’alpha et l’oméga de la politique de l’enseignement supérieur et de la recherche en France. En région, pour Grenoble ou Clermont-Ferrand, la politique de site peut avoir du sens, mais en Ile-de-France, avec huit Comue, la situation est très différente. Concernant USPC, soumise à la volonté de quelques-uns de faire fusionner quatre universités, on peine à voir en quoi quelques éventuelles retombées positives (lesquelles ?) pourraient compenser les coûts économiques et sociaux, la consommation de ressources et de temps se faisant fatalement au détriment de projets ayant du sens et étant porteurs de véritables progrès. On en arrive à se demander s’il ne s’agit pas de restructurer pour restructurer.

C’est d’autant plus choquant que cela ne repose sur aucun diagnostic sérieux de la situation et ne constitue pas une réponse crédible aux principales problématiques des universités, au rang desquelles : comment financer de façon pérenne les recherches qui ne sont pas « nouvelles » mais donnent des résultats de très haute qualité ? Comment éviter que les chercheurs ne perdent autant de temps à chercher des financements, à gérer une administration de la recherche toujours plus lourde, à faire des reportings ? Comment concilier les filières sélectives avec un enseignement supérieur destiné à un grand nombre d’étudiants ? Comment orienter qualitativement les lycéens vers des formations supérieures adaptées à leurs profils ? Etc.

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Pour des progrès effectifs

Lors de la conférence de presse qu’il a donnée le 4 mai 2016, quelques jours après la décision d’arrêt de l’Idex USPC, Jean-Yves Mérindol a proposé « d’avancer clairement vers un nouveau dispositif organisé autour de la fusion des trois ou quatre universités et d’une Comue ou d’une association avec les cinq autres établissements d’enseignement supérieur ». Il a déclaré souhaiter que les directions des universités s’engagent et saisissent leur conseil d’administration d’ici la fin 2016. Conscient du défi que cela constitue, il fait remarquer que « c’est une prise de risque car les établissements sont autonomes et personne n’est certain du résultat », tout en concédant qu’« il y a pire qu’une fusion qu’on ne tente pas, il y a une fusion ratée » (AEF, le 4 mai 2016).

Le même jour, Thierry Mandon déclare qu’il ne doit pas y avoir d’ambiguïté sur le fait que la fusion n’est pas le seul modèle possible, « les Comue ayant aussi des effets transformants ». Dans le nouveau contexte post-Idex, il ne s’agit plus de chercher à complaire à un jury international, à ses attentes réelles ou supposées, et il devient possible d’élaborer une stratégie en fonction des résultats effectifs escomptés en matière de formation, de recherche et de rayonnement. Ne pas choisir la fusion ne signifie nullement renoncer à une grande ambition : au contraire cela permet d’être moins bridé et plus innovant, de concevoir un projet et des modalités caractérisés par une démarche coopérative, fondée sur la motivation des équipes et réellement orientée vers le progrès.

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Les moyens et leur répartition

Hervé Christofol, secrétaire général du Snesup-FSU, précise que le budget de la Mires aurait « diminué de 850 M€ depuis 2009, ce qui correspond aux sommes distribuées annuellement au titre des programmes d’investissement d’avenir », avec pour effet d’« accroître les inégalités » en « réduisant drastiquement les fonds récurrents de tous au profit de quelques-uns ». En regard, il y a 180 000 étudiants de plus sur les bancs de l’université depuis 2009, avec « 40 000 inscrits de plus cette année, soit l’équivalent d’une grosse université ». Hervé Christofol donne des exemples des conséquences de cette situation : « 200 postes gelés à Toulouse », « une chute de 10 % de ses effectifs à Strasbourg et la progression des inégalités entre composantes », « de nombreux cas de souffrance au travail à Besançon ». Il réaffirme son  hostilité au mode de construction des Comue et à la logique de fusion dans laquelle « s’engagent frénétiquement » les équipes de direction, « si besoin en reniant les promesses de campagne ». Il considère en effet que « les regroupements sont une mauvaise réponse à un faux problème. Les établissements de l’ESR français ne souffrent pas d’un défaut de taille critique mais d’un sous-financement » (AEF, 14 septembre 2016).

Les millions d’euros attribués à quelques universités, à quelques laboratoires, à quelques projets (sélectionnés à des taux souvent devenus pour l’ANR inférieurs à 10 %), sous le regard de tous les autres qui en ont été écartés, peut induire un sentiment d’amertume largement partagé qui est contre-productif. L’émulation peut être stimulante, mais la compétition comme art de l’exclusion produire des effets inverses. Le système par lequel beaucoup d’argent est donné, de façon spectaculaire, à quelques-uns produit aussi un effet d’apparente richesse qui masque une tout autre réalité à laquelle les étudiants et les personnels des universités doivent faire face au quotidien. Comme le rappelle Jean Pisani-Ferry, commissaire général de France Stratégie, il est nécessaire d’accentuer l’effort que la France a engagé en matière d’enseignement supérieur et de recherche : « si l’on veut augmenter à la fois les taux d’accès aux études supérieures et leur performance en qualité, et leur adéquation aux besoins économiques, le besoin de financement est d’un demi-point supplémentaire de PIB ». Et cela, par-delà les confrontations interminables relatives à la répartition de la rareté au travers de dispositifs d’une telle complexité que leur coût de fonctionnement présente le risque d’excéder les avancées effectives pouvant en résulter.

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Faire prévaloir le cœur de métier

Dans un contexte de contrainte budgétaire forte, on ne peut ignorer que, même si ce n’est pas annoncé, l’une des motivations fortes du ministère en faveur la fusion est une stratégie par les coûts : quelques contrôleurs de gestion ignorants du sujet doivent supposer que si l’on fait fusionner deux départements l’on va faire de grosses économies… Ils n’imaginent sans doute pas dans quel état de manque de locaux et de manque de personnel administratif vivent la plupart des universités.

La tutelle tend à négliger les personnels et leurs compétences, à décider d’une multiplicité de mesures chronophages et en définitive peu efficientes. Des mesures prises à la hâte, alors qu’il est perceptible que manque une véritable vision stratégique. Cela donne le sentiment, à différents niveaux de responsabilité, de beaucoup d’agitation pour tenter de justifier que l’on fait quelque chose, mais avec désordre, manque de cohérence et peu de prise en compte des résultats effectifs sur le terrain. Le monde des artefacts. Pour les personnels, cela finit par se traduire par beaucoup de lassitude et d’exaspération suite à un empilement de réformes et de dispositifs formant un mille-feuille administratif obsédant, qui consomme du temps, de l’énergie et des ressources au détriment du cœur de métier.

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L’étrange fascination pour les grosses structures

Quel serait l’intérêt d’une fusion des quatre universités de la Comue ? Une conséquence mécanique évidente serait de parvenir à créer une « grosse université » regroupant 100 000 étudiants, 10 000 enseignants-chercheurs, chercheurs et enseignants, 5 500 personnels administratifs et techniques. Mais une grosse université n’est pas nécessairement une grande université. Il se pourrait plutôt que, tout au contraire, les lourdeurs administratives, l’éloignement des centres de décision, l’aggravation de la souffrance au travail et les risques d’embolie de la mégastructure ne prévalent, alors que l’on parvient difficilement à identifier des effets positifs qui pourraient en résulter. Pour un établissement d’enseignement supérieur ce n’est pas en devenant plus gros que l’on devient plus visible.

L’examen attentif du paysage de l’enseignement supérieur et de la recherche sur une échelle internationale fait clairement apparaître que ce ne sont pas les regroupements de masse ni la taille qui font l’excellence universitaire, ni la visibilité, ni la réputation. C’est une identité forte, des domaines de pointe reconnus et la cohérence qui fondent la renommée et l’attractivité des universités de référence. La singularité, l’originalité et les spécificités ne peuvent être considérés comme des obstacles à la réussite, bien au contraire. Plutôt que la massification et l’homogénéisation autour du plus petit commun dénominateur, l’affirmation d’une distinction est l’une des conditions de la réussite.

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Sortir d’un cadre de référence trop étroit

L’arrêt de l’Idex USPC ne signifie nullement l’échec des universités et des établissements composant la Comue, ni la dépréciation du travail des enseignants-chercheurs, chercheurs, doctorants et personnels administratifs qui se sont engagés avec résolution dans des projets d’enseignement et de recherche reposant sur de nouvelles coopérations. Le dossier Idex USPC a été recalé dans le cadre d’un dispositif d’évaluation complexe et ambigü. Dès lors, pourquoi les membres du directoire d’USPC sont-ils tentés de désavouer le programme qu’ils ont défendu en s’alignant sur des exigences de fusion supposées ? N’est-ce pas donner raison aux tenants d’une doxa pourtant largement mise en doute par de nombreux responsables, notamment Thierry Mandon et Geneviève Fioraso ? C’est en outre le pire moment pour s’y engager. Au lieu d’accélérer, sans les moyens de l’Idex, dans la voie radicale d’une fusion, n’est-il pas plus pertinent de sortir d’un cadre de référence fort limité et contradictoire pour penser d’autres perspectives et d’autres modalités d’action ? Thinking outside the box…

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Adhésion

L’injonction généralisée de fusion des universités pour constituer de grands ensembles dans l’espoir d’en tirer un avantage arithmétique dans les classements internationaux ne peut tenir lieu de politique de l’ESR. Le manque de prise en compte de la diversité des situations est fatalement préjudiciable aux projets. De même, le manque d’adhésion des membres de la communauté académique qui se sentent tenus à l’écart et redoutent d’être considérés comme une variable d’ajustement dans les plans décidés par quelques-uns. Créer les conditions de l’adhésion est l’une des principales responsabilités de celles et de ceux qui exercent d’importantes responsabilités à la tête des universités. Mais une culture de gouvernance marquée par l’entre-soi et le secret est peu propice à l’adhésion et à la motivation des équipes.

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Le sens des responsabilités

Pour un élu, être responsable c’est pouvoir, au présent et dans la durée, répondre de ses paroles et de ses actes devant celles et ceux qui lui ont fait confiance. A fortiori lorsqu’il s’agit d’un président. Concernant les entreprises cotées en Bourse, dont la finalité est de maximiser la profitabilité pour leurs actionnaires, on a cessé de s’étonner de la multiplication de déclarations mensongères que les « milieux autorisés » cherchent à excuser par les exigences stratégiques dans un contexte très concurrentiel. Dire la vérité serait le signe d’une grande naïveté, d’un manque certain de sens politique, tandis que la prise de liberté vis-à-vis de la vérité et de la probité serait la marque du grand dirigeant.

Si la duplicité et l’art de bonimenter semblent être considérés comme des qualifications requises par certains politiques et dirigeants d’entreprise, leur utilisation manifeste dans le champ universitaire est plus récente. Bafouer la collégialité, mener une politique qui rompt avec les engagements de campagne sans pour autant remettre son mandat en jeu semble désormais faire partie des nouveaux usages expérimentés par quelques élus, sous le regard consterné des membres de la communauté universitaire. Dans le même temps, l’on déclare être du côté de la concertation, vouloir susciter la confiance et escompter une large mobilisation… Et l’on fait semblant de s’étonner des sentiments d’indignation et de révolte des universitaires qui ne peuvent ignorer que les valeurs académiques et leur dignité ne sont pas respectées.

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Injonctions paradoxales

Les paroles et les décisions étant portées par des personnes, le regard se porte naturellement vers elles. Mais au fond n’est-ce pas un système qui est en cause ? Des universitaires, auxquels on peut normalement faire crédit d’attachement aux valeurs de rectitude, vivent sans aucun doute très mal des situations les amenant à devoir remettre en cause leurs engagements, à se sentir obligés de déclarer que pour l’université dont ils ont été élus présidente ou président la fusion (c’est-à-dire sa disparition) est le meilleur destin possible. Soumis à de nombreuses contraintes, à de nombreuses injonctions paradoxales, leur position est certainement insoutenable. N’y a-t-il pas une forme de perversité des dispositifs dans lesquels sont placés les institutions et ceux qui essaient de les faire fonctionner ? Ne faudrait-il pas que la communauté académique se mobilise pour aider les présidents placés dans une telle situation, et leur permettre de sortir de la nasse ?

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Finalités, enjeux, modes de gouvernance

Les pratiques injonctives et la non-association des personnels à la démarche de transformation des universités induisent une rétractation du corps social qui redoute les effets de décisions abruptes et non concertées. Une autre politique, se démarquant de cette façon de faire, permettrait d’obtenir de bien meilleurs résultats. En respectant les collectifs de travail et les personnes, en les garantissant contre des remises en causes brutales, on crée les conditions pour libérer les énergies, renforcer le goût de coopérer et bâtir des projets ayant une réelle pertinence.

Alors que les finalités de tous ces mouvements de transformation devraient être de préparer l’avenir, de développer des universités rayonnantes et ouvertes sur le monde, contribuant à affermir la citoyenneté, comment peut-on se résoudre à une telle pauvreté de pensée, à des débats inexistants ou tronqués, à une gouvernance tentée par l’autocratie, à la prévalence du modèle bureaucratique ?

Vouloir réduire les universitaires à des exécutants, à des petits techniciens de leurs domaines de spécialité, est très destructeur de ce qui fait leur contribution irremplaçable à la vie sociale. Confrontée à de nombreux défis, risquant de se déliter sous l’effet de la peur et de la confusion, notre société a grandement besoin de lucidité, de réflexivité, de culture, d’intelligence, de l’implication réfléchie et responsable de ses membres à la co-construction du monde de demain.

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Fusion-absorption

Après l’arrêt de l’Idex USPC, la question de la fusion a ressurgi, de façon plus frontale, plus brutale, plus précipitée. P7 devrait se méfier, y compris les médecins. Le président de P5 a l’ambition de faire grandir son pôle bio-santé via la fusion avec le pôle bio-santé de P7, ce qui ressemble plus à une fusion-absorption qu’à une coopération renforcée entre égaux. La visée est claire : constituer la première fac de médecine de France, et de loin, le reste n’étant que périphérique. Pour P7 et les grands équilibres de la Comue, ce n’est pas anodin.

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Masques

La fusion telle que certains la préparent prend de plus en plus la forme d’une grosse faculté de médecine, la bio-santé étant placée au centre du jeu et du pouvoir, les autres champs étant placés en position subalterne. La présidente de P7 et le président de P3, qui se sont fait élire sur un engagement de non-fusion, commencent à se rendre compte à quel point le projet de fusion qu’ils mettent en avant suscite une profonde réprobation. Ils tentent de noyer le poisson en choisissant la voie de l’euphémisme, en optant pour une rhétorique filandreuse et dissimulatrice. La formule « création d’un nouvel établissement » parviendra-t-elle à masquer à notre communauté universitaire qu’aller vers la fusion signifie faire disparaître nos universités ?

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Et les cinq établissements ?

Au moins, on ne leur demande pas de fusionner… Les cinq établissements peuvent-ils pour autant avoir le cœur léger face à la perspective de fusion des quatre universités ? La constitution d’un méga-université de 100 000 étudiants ne va-elle pas à l’encontre de l’objectif de décloisonnement entre écoles, grands établissements et universités, qui suppose que les conditions d’une coopération équilibrée soient garanties ? Comment s’établiraient les relations entre les établissements-satellites et la grande structure universitaire centrale ? L’asymétrie risquant de devenir le principe de fonctionnement prépondérant, est-ce acceptable par les établissements ?

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Impressions

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Des équilibres rompus

Le projet de fusion ne concernant directement que les quatre universités de la Comue Sorbonne Paris Cité, toute l’attention porte sur cette restructuration à laquelle travaillent  leurs présidents. Les dirigeants des cinq établissements ont pourtant aussi signé le communiqué commun du 30 juin en faveur de la fusion des quatre universités, mais les conséquences ne sont pas les mêmes pour eux : il n’est pas prévu de les faire disparaître en les fondant dans ce gigantesque ensemble recomposé. Ils pourraient en conséquence être tentés de s’en laver les mains, mais ne peuvent pourtant ignorer que la fusion des universités risque de mobiliser l’essentiel de l’attention, du temps et des ressources pendant plusieurs années laissant peu de place à l’émergence de projets pédagogiques et scientifiques d’envergure. En outre, une université de 75 000 étudiants résultant de la fusion aurait un tel poids au sein de la Comue que les équilibres avec les établissements en seraient fatalement rompus. Et l’on imagine mal Sciences Po ou l’Inalco se contenter d’un strapontin. Les organes de décision d’une université fusionnée d’une telle taille deviendraient inévitablement très éloignés des composantes et des personnels, produisant un déséquilibre, en interne comme vis-à-vis des cinq établissements. Une surcouche organisationnelle au-dessus de l’université fusionnée ajouterait à la complexité, à la lourdeur et aux dysfonctionnalités. Mais pourquoi les universités ne pourraient-elles avoir la même position vis-à-vis de la Comue que l’Inalco ou Sciences Po ?

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Autoflagellation

Il est devenu courant de décrier chacune des quatre universités de la Comue d’USPC, certaines plus que d’autres, afin de justifier leur disparition et la recomposition selon un modèle fusionniste que certains veulent imposer. Comment en est-on arrivé là ? La malveillance vis-à-vis des universités en France est fort ancienne ; entre autres contradictions auxquelles elles doivent faire face, on leur reproche au fond de ne pas être des grandes écoles, de ne pas être pas sélectives, mais on leur interdit dans le même temps d’effectuer une orientation active… Ce système de dévalorisation insidieux aurait-il produit un tel effet d’intériorisation sur certains universitaires qu’ils en seraient arrivés à un niveau préoccupant de mépris de soi, voire de haine de soi ? Cela expliquerait-il leur pulsion viscérale à faire disparaître leur université ? En tout cas, s’ils sont déterminés, ils sont fort peu nombreux : les communautés académiques de P3, P5, P7 et P13 aiment leur université, veulent la servir et contribuer à la réalisation de beaux projets. Thanatos n’a pas encore pris possession de leur âme.

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Du devenir des civilisations

« Aucune civilisation n’est détruite du dehors sans s’être d’abord ruinée elle-même, aucun empire n’est conquis de l’extérieur, qu’il ne se soit préalablement suicidé. Et une société, une civilisation ne se détruisent de leurs propres mains que quand elles ont cessé de comprendre leur raison d’être, quand l’idée dominante autour de laquelle elles étaient naguère organisées leur est comme devenue étrangère. » René Grousset, Bilan de l’Histoire, Paris, Plon, 1946.

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Fuite en avant

Suite à une erreur, l’on résiste rarement à la tentation d’en commettre une autre dans l’espoir, toujours vain, d’effacer la première. Pour d’anciens bons élèves, ayant réussi avec succès de nombreux examens et de nombreux concours, l’échec à une épreuve est sans doute difficile à vivre, mais plutôt que de s’entêter sur une voie périlleuse et malavisée, n’est-ce pas une bonne occasion pour enfin mener une analyse stratégique approfondie, pour porter un autre regard, pour imaginer d’autres solutions que celles prescrites par un substrat technocratique suranné ?

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Pour un vrai travail d’analyse stratégique

L’arrêt de l’Idex USPC est un revers qui ne s’apparente pas à un concours auquel le candidat aurait échoué pour un demi-point dans l’une des épreuves. Cet échec de grande ampleur porte sur de nombreux aspects et l’on ne peut en réduire la causalité à une décision de fusion qui n’a pas été prise. Le retour dans l’Idex étant quasiment exclu, la stratégie qu’il faut redéfinir n’a plus aucune raison d’être assujettie à des injonctions réelles ou supposées d’un jury international. La situation est donc propice à un vrai travail d’analyse stratégique, mené avec discernement, sérieux et imagination, en se donnant les moyens de sortir des sentiers battus pour un projet à la fois ambitieux, viable et réellement porteur de progrès.

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De nouvelles perspectives

L’on peut comprendre que pour des cadres dirigeants s’étant beaucoup investis dans le concours Idex un tel revers puisse nourrir une certaine amertume, mais doit-on mettre ainsi en danger le devenir de quatre grandes universités reconnues, ses 15 800 enseignants-chercheurs, chercheurs, enseignants, personnels administratifs et techniques, sur la base d’une réaction d’orgueil mal placé ? Après un échec, il faut savoir se remettre en cause, se situer dans un autre cadre de réflexion et définir de nouvelles perspectives.

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Méthodologie et finalités

Alors que la visée de tout ce processus d’évolution et de transformation est de préparer l’université de demain, une université ouverte sur le monde et rayonnante, cohérente et innovante, lieu de pensée et de débat, le choix d’options organisationnelles centralisées et massifiées, avec la prééminence d’une gouvernance autocratique qui n’écoute pas, ne dialogue pas, n’associe pas, se traduit par diverses formes de stupéfaction. N’y a-t-il pas une contradiction patente entre la méthodologie que veulent imposer quelques dirigeants et les finalités hautes qui devraient inspirer une démarche de ce type ?

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Entonnoir

Suite à l’arrêt de l’Idex USPC, on nous a dit : « il faut réfléchir, le débat est ouvert ». Puis, quelques semaines après : « vous avez le choix : la fusion ou la déchéance ». Puis, quelques semaines après « la fusion est la seule possibilité ; il faut la préparer dès à présent »… Dans tous les cas, avec un même impératif de délai : « il faut que cela soit bouclé avant la mi-décembre 2016 ». On est passé en quelques mois d’un débat ouvert au diktat, comme s’il fallait mettre en application le précepte « moins on réfléchit, plus on a raison ».

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Engagements

Christine Clerici a été élue présidente de l’université Paris Diderot en mars 2014 à la tête de la liste Construire aujourd’hui l’université du futur, sur la base d’une profession de foi explicitant que les personnels pouvaient être assurés qu’il n’y aurait pas de fusion : « Une des forces de notre université est le sentiment d’appartenance à un établissement prestigieux, capable d’insuffler une dynamique de rassemblement des composantes et de faire vivre la pluridisciplinarité. (…) En s’inscrivant dans la COMUE, notre université restera au centre stratégique de SPC. Elle veillera sur ses orientations et imprimera ses valeurs sans être engagée dans un processus de fusion. Membre de la COMUE, l’université Paris-Diderot conservera sa personnalité morale, son autonomie pédagogique et scientifique, administrative et financière au travers du contrat. »

Dans la profession de foi de la liste Sorbonne Nouvelle : s’engager pour le bien commun qui soutenait la candidature de Carle Bonafous-Murat, élu à la présidence de Paris 3 en décembre 2014, il est écrit à la première ligne de la partie intitulée Garantir notre indépendance : « La Sorbonne Nouvelle ne s’engagera pas sur la voie de la fusion, mais elle compte prendre toute sa part dans le projet commun qu’elle a construit avec ses partenaires d’USPC. (…) Pour autant, la crainte de voir notre université se diluer ou disparaître purement et simplement au sein de la COMUE ne s’estompera que si chacun retrouve la certitude qu’il pourra continuer à mener ses missions de service public sans transferts de compétences. »

Dans le communiqué du 30 juin 2016, il est écrit : « les présidents des universités Sorbonne Nouvelle – Paris 3, Paris Diderot, Paris Descartes et Paris 13, en concertation avec les autres chefs d’établissements, ont choisi d’étudier les modalités de création d’une nouvelle université omni-disciplinaire, reposant sur un scénario de fusion de leurs quatre universités ». No comment

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Clarifier

Élus sur un programme qui excluait la fusion, le changement de pied soudain des présidents provoque une grande confusion. Les membres des communautés universitaires sont désemparés et désorientés. Les élus de leurs listes sont placés en porte-à-faux : ils seront obligés de clarifier leur position, de dire s’ils sont parties prenantes de la fusion ou s’ils restent fidèles aux engagements sur lesquels ils ont été élus et refusent de trahir celles et ceux qui leur ont fait confiance.

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 Une autre gouvernance

L’adhésion des membres de la communauté universitaire est l’une des conditions essentielles de réussite d’un processus de préparation de l’avenir des établissements, ce qui suppose de changer profondément un certain nombre de règles de fonctionnement de la comue Sorbonne Paris Cité. On a surtout perçu la distance, l’entre-soi et les postures technocratiques, la taille de ce vaste ensemble participant de la décomposition de ce qu’il reste de collégialité. La mise en place d’un dispositif de marche forcée vers la fusion, sans prendre en compte les personnels et les étudiants, sans qu’ils soient informés en amont, sans leur approbation et encore moins leur adhésion, va à l’encontre d’une démarche pouvant s’appuyer sur la motivation et l’engagement. Ces constats conduisent à considérer qu’il est indispensable de passer à autre chose : de nouvelles règles, de nouveaux statuts, une autre gouvernance.

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Une concertation fictive

Les déclarations d’intention en faveur du dialogue et de la concertation semblent être de pure forme. Le top-down prévaut, comme toujours : le schéma de fusion-intégration est défini par avance, les personnels pouvant éventuellement être consultés sur des questions accessoires. Un semblant de participation.

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L’art d’imposer la fusion

La fusion est une option, mais nullement la seule possible. Toute personne raisonnable considère qu’il est aberrant d’écarter a priori l’analyse des alternatives, qu’il serait salutaire d’examiner les différentes possibilités. La bonne foi et le respect de règles méthodologiques élémentaires conduisent à s’accorder sur le fait qu’une analyse large et approfondie est souhaitable pour nos établissements au moment où ils doivent décider de leur avenir. Mais pour ceux qui veulent imposer la fusion, il n’en est pas question : il suffit de s’en remettre à quelques mots d’ordre. Et d’enrober la brutalité d’un tel ukase par la mise en scène d’une pseudo-concertation et le recours à une rhétorique de la minimisation : la nouvelle hiérarchie pyramidale pourrait concéder, selon son bon vouloir, une part de déconcentration et d’autonomie. Les charmes de l’oxymore…

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Manichéisme

Ne pas choisir d’aller vers la fusion des quatre universités ne signifie en aucune façon renoncer à une grande ambition pour la Comue. L’on ne peut se satisfaire d’un énoncé aussi manichéen : l’équation ambition = fusion, ou le désastre… Quant à l’espoir de « retrouver le label et le financement Idex en 2018-2019 » (lettre de démission de Jean-Yves Mérindol du 2 septembre 2016), il est manifestement illusoire. Le gouvernement n’a pris aucun engagement en ce sens, et qui sait où nous en serons en matière de politique de l’ESR en 2018-2019 ? Il est en revanche assuré que le choix d’un « chemin plus radical et plus rapide que celui défendu depuis 2013 dans le cadre de l’Idex » aurait des effets de brutalisation du corps social, sans pour autant garantir qu’il en résulterait des effets positifs sur l’enseignement, la recherche et la vie universitaire.

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Nouveau management

On en arrive à se demander si le substrat managérial ambiant n’a pas amené les dirigeants à considérer que plus ils suscitent la désapprobation, plus ils peuvent être assurés d’être sur la bonne voie. On en vient à supposer que pour certains la qualité d’une gouvernance s’apprécie à l’aune de son impopularité. La force du néo-libéralisme est d’avoir su exercer son influence dans tous les domaines de la vie sociale, y compris dans les universités. Il n’y a pas si longtemps, on pensait qu’il était préférable de construire des projets en pouvant compter sur l’adhésion du corps social et la motivation du plus grand nombre. De nos jours, la satisfaction des personnels semble être devenue suspecte : si les gens sont épanouis dans leur travail, ne serait-ce pas parce que l’on ne leur a pas assez mis la pression, parce qu’on ne les a pas suffisamment déstabilisés ?

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Doxa

La vulgate managériale s’étend toujours plus, avec la production incessante d’outils promettant plus d’efficacité, avec toujours moins d’analyse et de prise en compte du corps social. Il ne s’agit pas de penser, mais d’agir sur la base d’une doxa qu’il est hors de question d’interroger. Il reste surprenant de constater qu’en dépit de ses échecs le programme de transformation hérité du taylorisme se perpétue. La plupart des dirigeants, des manageurs et des consultants y ont intérêt et ne sont pas prêts à s’ouvrir sur une autre vision du monde. Étant en position de pouvoir, ils privilégient les approches technocratiques et les changements imposés, les personnels étant considérés comme des gêneurs porteurs de résistance au changement, « alors que le véritable changement est un processus collectif lent et prudent qui rend meilleur le produit, le service, la pratique du métier, le travail enfin », estime le sociologue Robert Alter. Selon lui, « la réforme permanente à laquelle les organisations sont soumises est inutile et coûteuse, mais elle est devenue une fin en soi pour les dirigeants, un marché pour les consultants, une reconnaissance sociale pour les manageurs » (Le Monde, 10 septembre 2016).

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Le retour du refoulé bureaucratique

Alors qu’il s’agit de créer l’enseignement supérieur et la recherche de demain, ce qui suppose un esprit d’ouverture, le goût de l’innovation et d’être capable de sortir des sentiers battus, on ne peut qu’être frappé par une forme d’archaïsme dans la façon de procéder. La massification bureaucratique n’est pourtant pas une fatalité, non plus les pratiques managériales marquées par la défiance et l’obsession du contrôle. Quand le jeu est mené par des bureaucrates qui cherchent avant tout à atteindre des objectifs bureaucratiques, il n’est pas étonnant que les finalités de l’ESR soient à ce point mises à mal. En ces temps de climat social alourdi, vouloir imposer la fusion constitue une prise de risque inconsidérée. Les coûts sociaux, fonctionnels et financiers qui en résulteraient sont d’autant plus insoutenables qu’une analyse attentive du dossier montre que les bénéfices escomptés sont fort incertains, singulièrement si l’on s’y prend si mal.

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Contre-effets

Si l’on avance trop vite, de façon non maîtrisée, de façon brutale, sans se soucier de l’adhésion du corps social, le risque est grand de créer de telles résistances qu’au lieu d’avancer l’on recule, bloquant toute dynamique pour dix ans. Il faut savoir faire naître et développer la confiance. Ce n’est pas en essayant de passer en force que l’on y parviendra. Ce n’est pas en étant traités comme des gamins par une technosphère toujours plus lointaine que l’assentiment et l’engagement seront au rendez-vous.

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Défiance

Les dirigeants d’USPC ayant démontré à maintes reprises qu’ils avançaient masqués, la crédibilité de leur parole en est irrémédiablement affectée, plus encore après leur déclaration de fusion contraire aux engagements de campagne de plusieurs présidents d’université. Les membres des communautés académiques sont en conséquence amenés à essayer de deviner en permanence ce qui se cache derrières leurs propos. La fusion est manifestement leur grand sujet. On peut penser qu’ils s’y accrochent par atavisme, pour afficher une posture bravache suite à la défaite ou parce qu’ils n’ont pas d’autres idées à présenter. Une telle obstination relève aussi sans doute de croyances partagées au sein de quelques cénacles dont les disciples se croient proches du pouvoir et espèrent en raison de leur zèle pouvoir encore grimper quelques échelons. Mais cela n’exclut pas d’essayer d’identifier quelques motivations profondes qui pourraient sous-tendre un tel dessein.

Parmi les motivations du côté de la tutelle, la volonté de diviser par trois le nombre d’universités : une telle compression est de nature à réduire le nombre d’interactions et supposément lui faciliter la tâche. L’administration centrale compte aussi sur la création d’universités de grande taille via la fusion afin qu’elles soient conduites à faire une besogne ingrate : restructurer par tous les moyens, optimiser l’utilisation des locaux, « rationaliser » en supprimant certaines filières, en fusionnant des composantes et des unités de recherche avec la visée de faire des gains de productivité, le nombre toujours plus grand de précaires facilitant la réduction des effectifs, tandis que le redéploiement des postes d’enseignants-chercheurs entre disciplines pourrait s’effectuer à une échelle et à rythme encore jamais vus. Un tel projet ne pouvant être présenté frontalement au sein des universités, on met en avant une politique qui déclare viser la qualité de la recherche et promouvoir des projets ambitieux, mais dans la pratique c’est surtout une stratégie par les coûts qui est au fondement de cette démarche. Les deux stratégies ne sont d’ailleurs pas fatalement disjointes, les lettres et SHS offrant des réserves non négligeables de postes pouvant être redéployés vers d’autres disciplines supposées être davantage porteuses d’excellence scientifique. Autre visée : mettre au pas les universitaires, les assujettir davantage à des dispositifs gestionnaires à la pertinence pourtant douteuse, limiter autant que possible ce qui reste de vie démocratique au profit d’une logique directoriale et d’un management à l’emporte-pièce. Une certaine façon de concevoir le progrès…

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Où allons-nous ?

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Déceptions

En France, les citoyens sont nombreux à être de plus en plus critiques vis-à-vis de responsables qui, à différents niveaux, suscitent d’amères déceptions, à la fois en termes de résultats et de façon de se comporter. Les élites politiques et administratives, surtout, à qui l’on reproche d’à la fois cumuler tous les pouvoirs et d’être impuissantes. Quand, de plus, elles donnent le sentiment qu’elles ne croient plus dans les institutions dont elles ont la responsabilité, qu’elles sont prêtes à les brader au nom de l’application étroite de la dernière doxa en vogue, l’exaspération est à son comble.

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Haut-le(s)-cœur(s) !

Pour être président d’université, il convient en général de passer plusieurs années dans les rouages de l’établissement pour gravir les différents échelons conduisant à la présidence. Ce faisant, l’enseignant-chercheur risque de se muer en technocrate, oubliant ce qui fait le quotidien de ses anciens congénères, l’enseignement et la recherche, pour devenir un expert de la politique universitaire. Certains finissent même par croire qu’ils sont doués pour la politique tout court, mais échouent généralement à y percer. Il ne faut pas confondre égaux et réseaux, l’ENA et Science Po formant mieux dans ce domaine que les universités. Pour réussir dans l’un comme dans l’autre, le compromis est de mise en évitant si possible de tomber dans son parent étymologique, la compromission. Si l’utilisation du mensonge est un outil de prédilection des politiques, son utilisation publique en politique universitaire est plus récente. Mentir, ne pas tenir ses engagements de campagne, bafouer publiquement la collégialité et ne pas remettre son mandat en jeu tout en menant une politique diamétralement opposée à celle prônée lors des campagnes électorales font désormais partie des usages de certains présidents d’université. Que de telles pratiques aient pu contaminer l’université est déjà un drame en soi, mais que la résignation remplace chez les universitaires les sentiments d’indignation et de révolte face à de tels actes donne des haut-le-cœur.

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Résistance, espérance, engagement

Contre la lassitude, l’usure et la résignation, répliquer par la lucidité, le courage, la culture, la pensée, le souffle. Par-delà les aberrations et l’acceptation désenchantée de l’existant, l’inspiration d’un idéal et la force de l’engagement. Face au découragement, à la tentation du repli sur soi, continuer à réfléchir, à débattre, à partager les analyses. Dans le brouillard du temps présent, savoir se placer aux avant-postes en conjuguant nos capacités d’analyse et nos forces de proposition.

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Réunion des équipes présidentielles P3-P5-P7-P13 n°1

Réunion des équipes présidentielles P3-P5-P7-P13 n°2

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Contribution à un débat nécessaire, François Laroussinie, Professeur d’informatique, Université Paris Diderot, le 3 juillet 2016

Les dernières nouvelles du CA de Paris 7 sont très inquiétantes. Il me semble nécessaire de débattre, de confronter les arguments des uns et des autres, par écrit. J’espère que ce texte en appellera d’autres.

Mardi 28 juin, le CA de Paris 7 a été informé par la présidence du lancement d’un processus de travail pour élaborer un projet de fusion des 4 universités de USPC (P3, P5, P7, P13), projet qui devrait être soumis au vote du CA en décembre prochain… Cette décision fut annoncée le soir même à tous les personnels de Paris Diderot, et devrait l’être prochainement au CA de USPC…

Pourtant le 6 juin dernier, dans son courrier aux personnels, Christine Clerici mentionnait des menaces pesant sur Paris Diderot et annonçait la nécessité d’« étudier toutes les possibilités », insistait sur l’importance de « prendre le temps de la réflexion », et évoquait le « respect de la dynamique de chaque composante, de chaque secteur ».

Trois semaines plus tard, l’horizon est donc fixé : la fusion. Ne retenir qu’un unique scénario exclut toute réflexion de fond sur l’avenir de Paris 7. Bien sûr, des groupes de travail se mettront en place à la rentrée pour discuter de tel ou tel point… Mais avec un tel début, le risque est grand qu’il s’agisse in fine de comités Théodule pour choisir la couleur de la moquette ou savoir si le nombre de sièges au CA sera de 20 ou de 22… Car après plusieurs mois, une seule option sera présentée et mise sur la table.

Cette méthode de travail pose problème sur trois aspects : d’une part, elle dramatise à outrance la situation, d’autre part en imposant la fusion comme seul horizon elle évite un débat crucial et dépolitise le problème, et finalement elle précipite les décisions. Il faut refuser ces trois pièges.

 

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