ESR

Dans cette rubrique, des articles, des réflexions et des analyses sur la situation de l’enseignement supérieur et la recherche, et sur son avenir.

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  • L’injonction contradictoire de la politique de regroupement française
  • Selon la sociologue Christine Musselin, Vice-Présidente Recherche de Sciences Po, la politique de regroupement actuelle de l’ESR est « en parfaite contradiction avec ce que l’on observe à l’étranger » : il y a « confusion entre la volonté de créer des hubs universitaires comme à San Francisco, Singapour ou Londres – ce qui est positif en termes de visibilité géographique – et le fait de vouloir tout mettre dans un même établissement au nom de cette visibilité. On se place dans une logique institutionnelle extrêmement compliquée », et cela « représente un coût de transaction très important : nous passons plus de temps à faire de l’institutionnel qu’à développer des projets ». Elle estime « à titre personnel » qu’il s’agit d’un « pari risqué avec peu de chance de succès » et préférerait que l’on « se concentre sur la création d’espaces universitaires qui auraient un poids juste, par réunion d’établissements ».

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  • Rapport IGAENR sur les PMU : des indicateurs orientés pour conforter la doxa fusionniste
  • Dans une tribune du 1er février 2017, 25 membres de l’AUREF dénoncent le choix des indicateurs retenus par l’IGAENR dans son rapport sur les « petites et moyennes universités » (PMU) : ils considèrent que ces indicateurs sont « très orientés » et « clairement établis pour prouver [que] big is beautiful ». Ils ont manifestement été choisis pour prouver ce qui était souhaité : conforter la doxa intégrative et fusionniste. « À la lecture du rapport, on assiste […] à un véritable exercice d’auto-justification concernant les regroupements d’université prescrits par la loi de 2013, loi rédigée par l’ancien directeur adjoint du cabinet de Geneviève Fioraso, devenu en 2014 chef du service de l’IGAENR qui s’est auto-saisie de la question. CQFD : ce qu’il fallait démontrer ». « L’IGAENR défend, idéologiquement, les politiques de regroupement sans les questionner » et « sans tenir compte du choix laissé aux établissements entre les trois modèles de regroupements prévus par la loi de 2013 », « alors que les universités interrogent ce modèle qui est imposé ».

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  • En finir avec l’idéologie de la concentration massive comme mesure de la réussite
  • Afin de contribuer au débat public sur l’avenir de l’ESR, 29 présidents d’université membres de l’Alliance des Universités de Recherche et de Formation (AUREF) publient en janvier 2017 une tribune. Ils proposent d’en finir avec l’idéologie de la concentration massive comme mesure de la réussite et de mettre fin à la coûteuse et inefficace concurrence intra-nationale au profit d’une complémentarité éclairée. 

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  • La France doit redevenir un pays d’universités
  • Plutôt que de fusionner des établissements et fabriquer ainsi des mastodontes universitaires, créons des structures légères, interconnectées et adaptées à la modernité, analyse Olivier Alexandre, professeur associé à Stanford, dans le journal Le Monde daté du 16 décembre 2016.
  • Universités : savoir préparer l’avenir
  • Dans un article publié le 25 octobre 2016 dans le journal Les Echos, Maximilien Cazayous, vice-président de la CFVU de l’université Paris Diderot, Laurent Creton, président du Conseil académique de l’université Sorbonne Nouvelle et Marie-Caroline Saglio-Yatzimirsky, vice-présidente du Conseil scientifique de l’Inalco présentent quelques réflexions sur les perspectives d’évolution de l’enseignement supérieur et de la recherche, et les options stratégiques des universités françaises dans le contexte actuel. Il leur semble pertinent de porter l’attention à un « modèle d’organisation déconcentré et fonctionnant en réseaux », et « préférable de privilégier les entités à taille humaine, un mode d’organisation agile, la responsabilisation, la confiance et la proximité ».
  • Le paysage francilien des Comue
  • Pour examiner la question des Comue, il importe d’abord de bien distinguer la situation de l’Ile de France de celle des autres régions. À Strasbourg, Bordeaux, Grenoble ou Clermont-Ferrand, plutôt que de fusion, il faut plutôt parler de réunification : d’anciennes facultés se retrouvent au sein de leur université d’origine. En Ile de France, la situation est très différente, avec un très grande nombre d’universités, d’écoles, d’instituts et d’organismes de recherche, et la création de 8 Comue sur un même territoire dans un méli-mélo produisant des effets de confusion : heSam – Paris Est –  Paris Lumières – Paris Saclay – Paris Seine – PSL – Sorbonne Universités – USPC. Cet article publié en février 2016, bien avant les résultats de l’évaluation par le jury international, comportait déjà beaucoup d’éléments de diagnostic.
  • Aix-Marseille, laboratoire de la fusion des universités
  • Par-delà les discours promotionnels qui masquent souvent les réalités, il est utile de pouvoir saisir les conséquences effectives de la fusion des universités sur un ensemble de critères, dont la qualité des projets de recherche, la qualité des formations, les débouchés professionnels, la satisfaction des étudiants, l’efficacité opérationnelle, le fonctionnement administratif, les conditions de travail, etc. Dans cet article du Monde Diplomatique de septembre 2016, le cas d’Aix-Marseille.
  • À Saclay, la guerre froide entre grandes écoles et universités s’intensifie
  • Les tensions sont très vives au sein de la Comue Paris-Saclay. Plusieurs grandes écoles, notamment Polytechnique et HEC, sont très réservées quant à l’efficacité d’un tel mastodonte bureaucratique. L’université Paris-Sud menace désormais de se mettre en retrait, sa présidente, Sylvie Retailleau, dans un courriel adressé aux personnels le 15 septembre, ayant fait part de sa décision de « réinterroger » la façon dont son établissement pourrait se projeter dans le futur grand ensemble qui peine à se constituer. Article dans le journal Le Monde du 29 septembre 2016.
  • Rapport sur les fusions des universités en Europe
  • Un rapport consacré aux regroupements universitaires réalisé par l’European University Association (EUA) a été publié le 24 avril 2015. Deux idées centrales : « Avant de s’impliquer dans un processus de fusion, d’autres formes de coopération doivent être explorées pour s’assurer qu’aucune d’entre elles ne permet d’obtenir de meilleurs résultats académiques. » et « Il faut être attentif à tous les coûts relatifs à la fusion, y compris le coût d’opportunité, c’est-à-dire ce qui pourrait être accompli grâce au temps et aux ressources consacrés au processus de fusion. »

Rapport EUA

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Budgets et stratégies

Avec 5,2 milliards de dollars, l’Université de Stanford a un budget annuel équivalent à la moitié du budget annuel de l’ensemble des universités françaises. Les universités figurant parmi les dix premières dans le classement de Shangai (huit américaines et deux britanniques) ont un profil similaire, avec d’importantes ressources financières et une moyenne de 12 600 étudiants. L’examen des classements et des budgets démontre une forte corrélation : les positions relatives dépendent principalement du niveau des investissements consentis.

Devant le constat que les universités françaises sont très loin de disposer des mêmes moyens financiers, certains ont pu penser que le mieux serait de les concentrer sur quelques pôles supposés devenir de « rang mondial », quitte à assumer que la contrepartie soit la baisse des moyens de la recherche pour le reste des établissements. Cette stratégie présente l’inconvénient de creuser les inégalités, sans pour autant garantir que la concentration des moyens sur quelques pôles ne produise de meilleurs résultats d’ensemble, la réduction du nombre de champs couverts et de la diversité n’étant pas propice en matière de résultats scientifiques et de découvertes.

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Questions de gouvernabilité

Lors de la réunion du conseil des membres de l’Université Fédérale Toulouse Midi-Pyrénées (UFTMiP) du 2 septembre 2016, Jean Tirole, prix Nobel d’économie, déclare que « la labellisation de regroupements en grosses masses sans sélection d’excellence avec un nombre important d’étudiants est une ineptie (exemples de Bordeaux ou Aix-Marseille) ; ces dispositifs sont ingouvernables et favorisent les conditions pour que des tensions internes avec des objectifs différents émergent et soient bloquantes ». Ce signal envoyé par le CGI lui semble très dangereux : « nous sommes confrontés à des buts et missions différents, le système français générant par lui-même des conflits. Il faudrait laisser libre les expériences sur le plan local ». Selon lui, « une université de plus de 100 000 étudiants est sans intérêt et ne peut fonctionner comme une université d’excellence ». Concernant la gouvernance de la Comue, il lui semble qu’il conviendrait d’aller vers une instance de concertation de site large et démocratique. Revenant sur la perte de l’Idex, il considère que « l’enrobage » destiné à plaire au jury et au CGI a fait que le projet scientifique est complètement perdu et illisible, et qu’il est nécessaire de définir ce qu’est le périmètre d’excellence. Élu en janvier 2016 président de l’université Toulouse III Paul Sabatier, Jean-Pierre Vinel déclare lors de cette réunion : « Nous ne voulons pas de la fusion car elle est absurde et ingouvernable. Découper des ’bouts d’excellence’ de chacun, c’est un exercice compliqué et non souhaitable. »

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Cohérence

L’offre de formation, comme les programmes de recherches, sont soumis à des injonctions contradictoires. La visée de « mutualisation » des formations résulte surtout de la volonté du ministère d’imposer une nomenclature administrative fondée sur un principe de limitation, qui conduit à ne pas pouvoir rendre compte correctement des contenus des formations. D’un côté, l’on déclare vouloir donner plus de visibilité aux formations, les rendre plus en phase avec l’environnement économique et social, de l’autre on impose des intitulés réducteurs aux effets délétères. Quand la tutelle sera-t-elle enfin capable d’un minimum de cohérence et de stabilité ? L’université, même placée sous la menace, doit-elle toujours accepter de se soumettre à des injonctions administratives aberrantes, en disjonction avec ses finalités, et contraires à l’intérêt général ?

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D’abord penser un vrai projet

Il faut d’abord penser un vrai projet, qui ait du sens, qui s’articule à la question des finalités de formation, de recherche, d’utilité pour notre société. Une grande ambition pour l’université suppose ne pas rester enfermé dans les dogmes, mais d’avoir le sens de l’ouverture sur le monde, de savoir approfondir des coopérations fructueuses selon un modèle fondé sur des entités de taille raisonnable, loin du modèle des pyramides bureaucratiques qui sont à la fois inefficaces et source de souffrance au travail. Il ne suffit pas de massifier pour être fort, il ne suffit pas d’être gros pour obtenir une bonne visibilité, il ne suffit pas d’avoir des services de grande taille pour qu’une meilleure efficacité soit au rendez-vous. Comment de tels préjugés, à ce point datés, peuvent-ils inspirer des dirigeants en charge de développer l’université du XXIe siècle ?

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